Notre sang quotidien : Le Journaliste et l’Assassin PDF

En 2016, déjà, 65 organisations humanitaires syriennes avaient signé un rapport démontrant que les réponses apportées par l’ONU aux problèmes humanitaires en Syrie marquaient un sérieux recul par rapport aux notre sang quotidien : Le Journaliste et l’Assassin PDF internationaux en ne respectant pas les principes d’impartialité, d’indépendance et de neutralité. Ils ont mis en lumière également le laxisme de l’ONU en matière de contrôle de l’affectation de cette aide.


Alors que le Second Empire agonisant ne parvient plus à rassurer la bourgeoisie inquiète des émeutes ouvrières qui éclatent dans tout le pays, un horrible fait divers arrive à point en 1869 : sept victimes d’une même famille, dont trois enfants, sont découverts successivement, enterrées après avoir été égorgées. Pour Moïse Polydore Millaud, propriétaire-fondateur du Petit Journal – auquel collaborent à l’occasion. sous le pseudonyme commun de Thomas Grimm, les meilleures plumes de l’époque (George Sand, Théophile Gautier, Edmond About, Eugène Sue, Théodore de Banville etc.) -, ce drame sanglant est l’occasion qu’il attendait pour montrer à ses lecteurs sa conception de la presse populaire. Transformant ses journalistes en auxiliaires de police, il les lance en suivant les cadavres sur les traces de l’assassin. Ce dernier est bientôt arrêté. Il se nomme Jean-Baptiste Troppmann, âgé de dix-sept ans, aussi roublard et rusé que Millaud. Il va devenir plus célèbre que Rocambole. Grâce à lui, les ventes du quotidien passeront de deux cent mille à neuf cent mille exemplaires en trois mois. Notre Sang Quotidien raconte la confrontation de ces deux hommes hors du commun. Lequel des deux est le plus coupable ? Le journaliste ou l’assassin ?

En mars 2018, l’écrivain et activiste égyptien Sam Hamad faisait un bilan de l’incapacité de l’ONU à jouer un rôle sur le terrain face à la stratégie de terreur du régime, surtout lors de la dernière campagne militaire dans la Ghouta, à l’est de Damas. Les victoires militaires du régime syrien au cours de l’année écoulée ont fondamentalement changé la dynamique du conflit, et l’aide humanitaire est un domaine de plus en plus touché. Le contrôle très strict du régime lui permet de décider où et par qui l’aide est fournie. La meilleure stratégie consisterait à élaborer et respecter un cadre opérationnel collectif pour garantir que l’aide dans les zones du régime soit distribuée de manière neutre et impartiale.

Or ce n’est pas le cas. Les organisations humanitaires opérant dans les territoires du régime lui ont permis de contrôler leur travail et de l’utiliser pour consolider son autorité. Cette répartition a fonctionné jusqu’à ce que la majorité des territoires retombe sous le contrôle du régime. Les agences de secours non réglementées qui avaient apporté leur aide pendant des années ne sont plus en mesure de les atteindre, tandis que les demandes d’intervention de ceux qui opèrent depuis Damas sont rejetées. Résultat : des centaines de milliers de Syriens n’ont plus ou toujours pas accès à l’aide humanitaire. Au cours des deux dernières années, un grand nombre d’humanitaires ont exploré les possibilités d’enregistrement à Damas afin de travailler dans les zones contrôlées par le gouvernement. Le processus d’enregistrement est complexe et les autorités de Damas ont tenu à le garder opaque.

Obtenir une inscription officielle peut prendre de neuf mois à deux ans et cela n’est que la première étape. Les visas pour le personnel international doivent ensuite être demandés puis accordés. Il est nécessaire de faire approuver le recrutement du personnel local par des partenaires locaux et des services de sécurité. Malgré ces difficultés, en janvier 2016, environ 14 ONG internationales étaient officiellement présentes dans des zones du pays contrôlées par le régime.

2018, ce nombre avait plus que doublé, passant à 31. Seules sept d’entre elles ont réussi à travailler à la fois dans les zones d’opposition et dans les zones sous contrôle du régime. Les conditions sont ainsi posées bien avant le début des opérations. En 2016, un groupe représentatif d’ONG avait déjà soulevé de telles préoccupations mais ces dernières se concentraient sur les opérations et n’étaient pas remontées au processus d’enregistrement. En fin de compte, les agences humanitaires se retrouvent à nouveau confrontées au même dilemme : que faire pour aider les civils, sans renforcer le régime ? Alors que des groupes tels que Mercy Corps ont été forcés de quitter la capitale syrienne, mais continuent de soutenir plus de 40 000 personnes dans le nord-est et le nord-ouest du pays, certaines organisations tentent de travailler au sein du système, comme le Norwegian Refugee Council. Le NRC insiste sur les régions et bénéficiaires de son action.

L’accent devrait être mis sur l’élaboration d’un nouveau cadre garantissant aux acteurs humanitaires une capacité à fournir de l’aide partout où elle est nécessaire, en dehors de toute considération politique. En particulier, ces acteurs devraient être autorisés à choisir leurs partenaires librement, en fonction de leurs compétences et non de leur loyauté envers le régime. Pour être efficace, ce cadre devrait aussi assurer la protection des partenaires locaux indépendants. De même, les lois qui réglementent le travail des organisations syriennes devraient être révisées afin de garantir des moyens d’actions équitables. Avoir un accès complet à toutes les données, activités et lieux est également important pour établir des processus de suivi et d’évaluation indépendants et fiables. Cela ne sera envisageable que si toutes les agences des Nations unies, les Etats qui financent l’aide humanitaire en Syrie et les autres organisations humanitaires internationales clés s’entendent afin d’exercer collectivement les pressions nécessaires sur le régime. L’aide humanitaire en Syrie a drainé un flux massif d’argent en direction de l’économie dégradée et corrompue du régime.

Son effet de levier ne doit pas être sous-estimé. PIB du pays, comme le rappelle Haïd Haïd dans l’étude mentionnée en introduction. La cessation des hostilités devrait permettre d’exercer cette pression plus facilement et il est particulièrement important d’élaborer ce nouveau cadre maintenant, car le nombre d’agences humanitaires qui envisagent d’opérer dans les zones contrôlées par le régime augmente rapidement. De même, garantir l’indépendance des agences des Nations unies en Syrie sera encore plus crucial lorsqu’il s’agira de financer la reconstruction.

Si l’action humanitaire est entravée par le régime, elle l’est également, pour d’autres raisons, par les institutions financières internationales. Ainsi, en avril 2018, plusieurs associations franco-syriennes publiaient un rapport sur les blocages financiers qu’elles rencontraient. Depuis, il y a eu une prise de conscience au niveau du gouvernement français, une concertation a été engagée mais des difficultés demeurent. Ces dernières ne concernent pas uniquement les associations basées en France.

Elle touche aussi bien de petites associations que des ONG internationales. Le rapport final de Siege Watch, présenté par l’association néerlandaise Pax for peace, intitulé Loin de la vue, loin de l’esprit : les conséquences des sièges en Syrie. Numéro rédigé par Marc Hakim et Claire A. Après presque huit ans de guerre, la Syrie traverse une phase dramatique. La nature du conflit s’est transformée et le rôle des acteurs locaux a été considérablement réduit par rapport au rôle croissant joué par les acteurs internationaux, tant étatiques que non-étatiques.