La soumission librement consentie PDF

Le Discours de la servitude volontaire ou le Contr’un est un ouvrage rédigé par Étienne de La Boétie. Ce texte consiste en un court réquisitoire contre l’absolutisme qui étonne par son la soumission librement consentie PDF et par sa profondeur, alors qu’il a été rédigé par un jeune homme.


Amener quelqu’un à faire en toute liberté ce qu’il doit faire est finalement moins compliqué qu’on ne le croit. Il existe aujourd’hui une somme impressionnante de connaissances scientifiques sur lesquelles on peut s’appuyer pour influencer les personnes sans même qu’elles s’en rendent compte. Évidemment, cela s’appelle de la manipulation. Mais, qu’on le veuille ou non, la manipulation peut être mise au service des causes les plus sombres comme des plus nobles. On peut par manipulation amener quelqu’un à s’aliéner dans une secte, tout autant que l’amener à conduire plus prudemment, à dévorer les auteurs au programme du bac, à s’investir dans le travail, etc. Ces connaissances relèvent de la psychologie de l’engagement. Elles sont au cur de ce livre qui illustre leurs applications dans des domaines aussi variés que la formation, la lutte contre les accidents de travail ou contre le sida, le management, le marketing et même la thérapie.

L’originalité de la thèse soutenue par La Boétie est de nous démontrer que, contrairement à ce que beaucoup s’imaginent quand ils pensent que la servitude est forcée, elle est en vérité toute volontaire. Combien, sous les apparences trompeuses, croient que cette obéissance est obligatoirement imposée. Pourtant comment concevoir autrement qu’un petit nombre contraint l’ensemble des autres citoyens à obéir aussi servilement ? Comment un homme arrive-t-il à dominer un peuple ? La puissance subversive de la thèse développée dans le Discours ne s’est jamais démentie.

Si pour éviter la censure, les exemples sont tirés de l’Antiquité, la réflexion porte bien sur son époque, dans un pays où le poids du pouvoir monarchique se renforce. L’originalité de la thèse de La Boétie est contenue tout entière dans l’association paradoxale des termes  servitude  et  volontaire . Il établit ainsi un modèle de la servitude, des causes de son apparition à celles de son maintien qu’il s’agit d’établir ici. Un point de vue : La Boétie, en énonçant son discours, ne se positionne pas comme maître à penser, ni comme détenteur de la vérité : ceux qui affirment détenir la vérité sont en vérité ceux qui détiennent la maîtrise. Le Malencontre est un accident tragique, une malchance inaugurale dont les effets ne cessent de s’amplifier au point que s’abolit la mémoire de l’avant, au point que l’amour de la servitude s’est substitué au désir de liberté. Ce qui est désigné ici, c’est bien ce moment historique de la naissance de l’Histoire, cette rupture fatale que constitue dans l’histoire de l’humanité la naissance de l’État. Or, celle-ci est contingente, et non pas inévitable.

Car la servitude est contraire à l’état de nature :  Ce qu’il y a de clair et d’évident pour tous, et que personne ne saurait nier, c’est que la nature, premier agent de Dieu, nous a tous créés et coulés, en quelque sorte au même moule, pour nous montrer que nous sommes tous égaux, ou plutôt frères. L’état de nature voudrait donc que les sociétés soient  égalitaires  où personne ne pourrait détenir du pouvoir sur les autres. C’est-à-dire le contraire de la servitude que connaissent les peuples. La première cause de la servitude est donc l’oubli de la liberté, et la coutume de vivre dans une société hiérarchisée où règne la domination des uns sur les autres. C’est bien le peuple qui délaisse la liberté, et non pas le tyran qui la lui prend. En effet, comment expliquer que les hommes non seulement se résignent à la soumission mais, bien plus, servent avec leur plein consentement ?

Ainsi certains hommes seraient même prêts à perdre leur vie pour le tyran. Seule la servitude de l’homme permet au tyran de rester au pouvoir, l’obéissance est un préalable à la violence. Face à l’individu qui s’est soumis, La Boétie refuse d’opposer les bons princes aux mauvais tyrans. Qu’importe en effet que le prince soit d’un naturel aimable ou cruel : n’est-il pas, de toute manière, le prince que le peuple sert ? S’ils arrivent au trône par des moyens divers, leur manière de régner est toujours à peu près la même.