L’affreuse doctrine PDF

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre. Selon la doctrine mormone, le mariage plural rétablissait la pratique biblique de la pluralité des épouses, et aurait été voulu par Dieu, dans un temps donné, pour accroître son peuple. Le pourcentage de mormons polygames a varié selon les endroits et les périodes. Quelques groupes l’affreuse doctrine PDF issus du mormonisme continuent de pratiquer la polygamie en dépit des lois américaines.


Notre époque croit à l’opinion publique, au libre arbitre, et à l’existence d’une relation de causalité entre les représentations et les comportements ; mais elle admet aussi l’inconséquence des individus. Ces façons d’envisager le rapport entre les croyances et les conduites doivent beaucoup aux débats du XVIIIe siècle sur les effets supposés des ouvrages philosophiques. À cet égard, le cas du matérialisme est exemplaire. Présenté par ses contempteurs comme un monstre, une affreuse doctrine, un attentat contre les autorités, il est accusé d’être la cause cachée de la corruption des moeurs. C’est la thèse de l’avocat général Joly de Fleury, qui dénonce, en 1760, l’existence d’une « société formée pour soutenir le matérialisme, pour détruire la religion, pour inspirer l’indépendance, et nourrir la corruption des moeurs ». De son côté, Rousseau s’inquiète de la tendance des penseurs de son temps à « matérialiser toutes les opérations de l’âme ». Cette situation est d’autant plus étonnante qu’au début du siècle le terme matérialisme était encore très rare. Que s’est-il passé ? Que cachent ces accusations ? D’après la Lettre au R. P. Berthier sur le matérialisme (1759), dont on trouvera ici le texte, accompagné d une brève étude bibliographique par Claudette Fortuny, ces réactions excessives trahissent l’instrumentalisation de cette doctrine par différents groupes de pression. Mais les stratégies mises en oeuvre par les champions de l’ordre établi et les avocats des différents courants du christianisme ont aussi pour effet de confirmer l’importance des questions agitées par ceux qu’ils nomment les philosophes, et qui ont en commun d’interroger le système de valeurs dominant, ouvrant ainsi la voie à une réforme de la société. Soupçonné d’être à la tête de ce groupe, Diderot avait déjà compris que les m urs étaient précisément ce qu’il fallait penser. Ce livre, sensiblement augmenté par rapport à la version parue sous le titre L’Ordre des moeurs (Kimé, 1996), révèle le rôle crucial joué par les disputes sur la nature des moeurs dans l’émergence du phénomène des Lumières. Il constitue aussi une contribution importante au débat actuel sur la formation des individus et de l opinion publique.

L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours n’entretient pas de rapport avec ces groupes et leur conteste le qualificatif de mormon. Pour les mormons, la loi du mariage plural a constitué une mise à l’épreuve de leur foi. Seigneur Dieu, je fais mes délices de la chasteté des femmes. C’est pourquoi, ce peuple gardera mes commandements, dit le Seigneur des armées, sinon le pays sera maudit à cause de lui. En 1831, Joseph Smith, le fondateur de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, affirma avoir eu une révélation sur le mariage plural.

Joseph Smith fit part de cette révélation à un petit nombre d’associés intimes. Elle ne fut toutefois pas mise par écrit à l’époque, ni pratiquée de façon générale ni même annoncée publiquement. En 1840, la doctrine du mariage plural fut enseignée à un petit nombre de dirigeants de l’Église qui, avec Joseph Smith, épousèrent secrètement d’autres femmes l’année suivante. Aucune doctrine, sans doute, de la jeune Église ne causa autant de dissensions dans et en dehors de l’organisation.

Pendant des années, après la révélation de cette doctrine, Joseph ne put se résoudre à la pratiquer ni à enseigner à d’autres de le faire. La société anglo-saxonne tout entière était opposée au mariage plural, quoique celui-ci n’eût jamais été interdit, que ce fût par l’État ou par la Constitution fédérale. Les rapports historiques montrent que ni Joseph Smith, ni Brigham Young, ni l’un quelconque des dirigeants de l’Église n’accueillirent avec joie la doctrine du mariage plural. Roberts, Comprehensive History of the Church, vol. J’avais toujours nourri des idées strictes concernant la vertu, et j’estimais, en tant qu’homme marié, que c’était là pour moi, en dehors de ce principe, une chose affreuse à faire. L’idée d’aller demander à une jeune fille de m’épouser alors que j’avais déjà une femme ! Voilà bien une chose propre à émouvoir les sentiments au plus profond de l’âme humaine.

Roberts, The Life of John Taylor, p. Kimball et sa femme, Vilate, le commandement du prophète que Heber prenne une autre femme fut une épreuve extraordinairement difficile. Ce commandement fut caché pendant un certain temps à la femme de Heber. Vilate remarqua qu’il était extrêmement soucieux. Elle affirma qu’en réponse à sa prière concernant ce qui causait tant de soucis à son mari, elle reçut une vision du monde éternel.

Si la doctrine du mariage plural causa une telle crise chez les hommes les plus fermes de l’Église, il n’est pas étonnant qu’un grand nombre d’hommes la refusèrent. Seul le secret qui entoura sa pratique empêcha une apostasie générale dans l’Église en 1844. Lorsque la doctrine fut publiquement proclamée dans les champs de mission, l’opposition à l’Église s’accrut considérablement et eut souvent recours à la violence. Le caractère secret qui entourait l’introduction de la pratique produisit de grossiers mensonges et des accusations d’adultère. Ce fut un facteur extrêmement important qui contribua à rendre tant les mormons que les non mormons hostiles à Joseph Smith. Dans les premiers temps de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, un nombre plus grand de femmes que d’hommes étaient devenues membres de l’Église.

Cette disproportion persista tant que les convertis constituèrent la masse des membres de l’Église. Les saints des derniers jours étaient un peuple aussi isolé que s’ils avaient été dans une île au milieu de l’océan. Les mariages en dehors de l’Église étaient déconseillés. Il n’y avait pas suffisamment d’hommes. Le mariage plural ne fut jamais à aucun moment une loi générale pour l’Église tout entière, et ne fut jamais à aucun moment pratiqué par plus de deux pour cent de la population masculine.

Le président de l’Église détenait la clef de la pratique de ce mariage, et seuls ceux qui étaient censés être capables de vivre la loi dans la justice avaient la permission de le contracter. C’est ainsi que les femmes excédentaires de l’Église furent absorbées dans la vie de famille. En dépit des raisons sociales avancées pour justifier le mariage plural, celui-ci était directement opposé aux traditions tant dans l’Église qu’en dehors. Le caractère secret même qui s’y attachait empêchait que toute explication fût donnée au public, ce qui créait un terrain favorable aux rumeurs les plus nourries. Joseph Smith savait que l’ordre social qu’il envisageait susciterait une opposition violente en Illinois. Les expériences de l’Église en Ohio et dans le Missouri l’avaient bien montré. La présence des mormons en grand nombre dans une partie quelconque de l’Amérique colonisée de l’époque aurait produit un résultat semblable.

Il ne croyait d’ailleurs pas non plus que même ces précautions protégeraient longtemps son peuple. Il prévoyait une opposition écrasante inévitable. Dès 1842, il commença à rechercher une partie non colonisée de l’Amérique où son peuple pourrait réaliser sa  Sion  sans conflit. 28 et 29 août 1852 à Salt Lake City, la doctrine du mariage plural fut annoncée pour la première fois en public. La révélation fut lue, et Orson Pratt fit un discours du point de vue de la Bible.

Les limites et les restrictions de la loi énoncées par la révélation moderne furent expliquées. Un certain nombre des dirigeants pratiquaient déjà cette doctrine. Cet excès de la population féminine persista pendant un demi-siècle. Dans la pratique mormone du mariage plural, ces femmes étaient absorbées dans la vie familiale de diverses communautés.

La pratique était nécessairement limitée, deux pour cent des hommes éligibles pour le mariage seulement ayant plus d’une femme. La loi n’était pas non plus applicable à la population générale du territoire ni même aux membres en général de l’Église. 1858 porte à 3617 le nombre de maris polygames en Utah. La pratique du mariage plural produisit des remous considérables dans la presse et fut combattue par les opposants à la polygamie. Comme l’Utah était un territoire des États-Unis et que les lois des territoires sont déterminées par le Congrès, la question du mariage plural fut portée devant cette institution et devint l’argument principal contre l’admission de l’Utah comme État. Les attaques contre cette pratique prirent une telle importance que le Congrès, sous l’influence de politiques et de la presse, passa en 1862 une  loi contre la bigamie , dont le but était de mettre un terme à la  polygamie  chez les mormons. Le 8 juillet 1862, le président Abraham Lincoln signa l’acte et rendit le fait de contracter un mariage plural punissable d’une amende de 500 dollars ou de cinq ans de prison ou les deux.