André Martinet : Un homme, une terre, une spiritualité PDF

Un article de André Martinet : Un homme, une terre, une spiritualité PDF, l’encyclopédie libre. Moyen Âge, mise en évidence par les travaux des historiens Charles H.


André Martinet est un homme dont le rayonnement personnel a dépassé les frontières. Enraciné dans une terre, la Franche-Comté, enraciné dans une histoire, celle de ses grands-parents et de ses parents, son père en particulier, brillant universitaire aveugle dont la carrière fut brisée par un ostracisme arbitraire. Enraciné enfin dans une foi chrétienne profonde et ouverte. Tout à la fois réservé et plein d’humour, fidèle à ses convictions, il mit sa compétence professionnelle, son souci de fraternité, au service de chacun. Autant dans la tourmente de mai 68 où il participa activement avec d’autres à la création de l’Institut Universitaire de Technologie de Besançon, que dans le cheminement spirituel avec ses amis membres du Mouvement des Focolari, il sut à la fois être  » un père « ,  » une mère « ,  » un frère « ,  » un ami » auprès de ceux qu’il rencontra. Peu à peu, la vie lui fit planter ses racines davantage en Dieu que sur terre, incarnant cette phrase de Mère Teresa :  » La sainteté n’est pas un luxe pour quelques-uns. C’est un devoir pour tous. Le mien et le vôtre. « 

Europe fut sur bien des plans une période fraîche et vigoureuse. La croissance démographique est également une réalité dans les villes, même si on l’observe surtout dans quelques zones : Italie du nord et Flandre surtout avec un maillage de villes dépassant les dix mille habitants. La conquête de nouveaux sols par défrichements et asséchements, observée dans tout l’Occident chrétien, permet un accroissement de la production agricole. L’essor des villes d’Occident ne se traduit pas seulement sur le plan démographique. La société urbaine se diversifie, la fonction économique se renforce, entraînant une plus grande division du travail, l’apparition des métiers, et de classes sociales distinctes, avec une élite marchande enrichie. Paris notamment une véritable capitale politique.

Philippe de Harvengt fait un éloge comparable à un disciple :  Poussé par l’amour de la science te voilà à Paris et tu as trouvé cette Jérusalem que tant désirent. C’est la demeure de David du sage Salomon. Un tel concours, une telle foule de clercs s’y presse qu’ils sont en voie de surpasser la nombreuse population des laïcs. On peut encore citer Gui de Bazoches et sa fameuse lettre dite  Éloge de Paris  :  Elle est assise au sein d’un vallon délicieux, au centre d’une couronne de coteaux qu’enrichissent à l’envi Cérès et Bacchus.

La Seine, ce fleuve superbe qui vient de l’Orient, y coule à pleins bords et entoure de ses deux bras une île qui est la tête, le cœur, la moelle de la ville entière. Ce commerce routier à portée locale est également complété par un commerce lointain grandissant, qui prend son essor sur les voies fluviales et maritimes surtout. Pour les échanges avec les régions plus éloignées encore, la navigation maritime croît également. Dans le même temps, le nord de l’Europe et la façade Atlantique participent à l’essor du commerce nordique.

L’Occident et ses dépendances orientales en 1142. Et ces conquêtes entraînent dans leur sillage de nouveaux marchands. Ce dernier fut presque ignoré par l’historiographie traditionnelle, dont fait partie Charles H. L’éloignement des structures féodales ne doit donc pas être exagéré et s’est fait d’une manière progressive.

Partout aussi où les princes affirment leur contrôle, des efforts de légitimation idéologique mettent à contribution des maîtres connaissant l’histoire, le droit, la théologie. Cette réforme profonde a des implications culturelles certaines, en particulier en ce qui concerne la culture savante et l’institution scolaire qu’elle maintient sous son contrôle. Cette centralisation se traduit par l’affirmation de la plenitudo potestatis, l’autorité souveraine de la papauté sur l’Église, qui s’appuie sur le droit canon : l’action pontificale est relayée par tous les conciles, les légats et les ordres exempts. L’impact de celle-ci sur la sphère ecclésiastique est donc énorme. Tous les domaines de l’institution religieuse sont touchés par le mouvement de réforme. Ils se font aussi les défenseurs tenaces des libertés de l’Église, la résistance de Thomas Becket et son martyre en étant l’exemple le plus illustre. Avec ces efforts, l’entourage des évêques se transforme aussi.

Dans les deux cas, les chanoines reviennent à la vie en commun, et l’appropriation des revenus de la mense canoniale est interdite. Enfin les évêques prennent l’habitude d’entretenir un autre entourage, notamment pour échapper aux oppositions avec le chapitre, alors courantes. Comme Cluny, ces différents ordres, dont Cîteaux, n’ont d’abord pas de vocation intellectuelle : on ne trouve pas d’école dans les monastères, et les disciplines profanes en sont bannies. Entré à Cîteaux en 1112, Bernard est consacré abbé de Clairvaux dès 1115, et le demeure jusqu’à sa mort en 1153. Farouchement attaché à l’idéal clunisien de pénitence, il est pourtant en permanence distrait de son abbatiat, intervenant dans le siècle, comme conseiller auprès des princes et des papes, comme arbitre de conflits ou comme prédicateur populaire à l’occasion de la croisade ou contre les cathares.

L’ordre de Prémontré est quant à lui fondé en 1122 par Norbert de Xanten. Les questions intellectuelles sont très éloignées de la vocation de ces trois ordres. Les questions culturelles ne sont pas étrangères aux laïcs. La réforme réhabilite en effet la prédication, et certains fidèles passent par les écoles : laicus n’est plus un synonyme d’illiteratus. Il ne faudrait pas cependant omettre de mentionner les importantes résistances à ces cadres nouveaux, qui suscitent différentes hérésies plus ou moins élaborées, essentiellement après 1140. Sicile est un centre important, notamment grâce à deux officiers de la cour, Henri Aristippe et l’ émir  Eugène. On peut également mentionner des traducteurs itinérants se rattachant moins précisément à un foyer, en particulier Adélard de Bath.

Ce dernier est d’ailleurs l’un des rares traducteurs, avec Dominique Gundisalvi, à avoir réellement complété son travail de traduction d’un effort d’assimilation par des commentaires et des ouvrages originaux. De plus en plus, l’Église, prise dans son effort de réforme, se défie de la culture classique et des libertés prises par certains maîtres. Il en est qui devraient encore étudier sous la férule de leurs maîtres mais qui, s’étant adonnés à la paresse, à la stupidité et ayant écouté leur ventre devenu leur dieu, répugnent à se former au sérieux de la pratique morale. Certains d’entre eux, nommés professeurs par on ne sait quelle autorité, n’ayant pas de domicile fixe et ne pouvant se retirer dans une maison qu’ils ne possèdent pas, ne cessent d’errer de-ci de-là par les villages, les bourgs et les villes, donnant de nouvelles interprétations du Psautier, de Paul, de l’Apocalypse, et traînent derrière eux dans une pente dangereuse par l’attrait de la facilité une jeunesse avide de nouveautés, esclave de la frivolité et rebelle à la discipline. Les textes contre les auteurs classiques se multiplient. Les maîtres, rhéteurs et dialecticiens dénoncés par ces témoignages, ce sont notamment ceux des écoles urbaines où naissent les hérésies, dès 1022 pour l’hérésie d’Orléans.